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C'est la seule fille qui m'ait dit être tombée amoureuse du Gregor Samsa de La Métamorphose de Kafka – si d'autres l'avaient été, elles me l'auraient aussi avoué. Il ne lui a pas fallu plus de deux ou trois sorties à la campagne avec moi pour s'arranger à ce qu'elle puisse, de la manière la plus naturelle, m'observer tandis que je pissais, sans baisser les yeux sauf pour contempler ce qu'elle souhaitait voir. Elle aime aussi me regarder me rhabiller, remettre mes chaussettes, mon pantalon puis mes chaussures. Elle n'arrête pas de me prendre en photo, bien qu'elle ne supporte pas plus que moi ce genre de photos, et méprise ceux qui les prennent. Elle parle une langue qui m'est tout à fait étrangère, dont je ne comprends pas un seul mot, et dont elle se refuse à m'apprendre le moindre. Quand elle s'exprime en français, c'est de la façon la plus recherchée et la plus littéraire, et parfois presque surannée, mais parsemée de fautes impardonnables – du Racine écorché par Cosette. Quand je la rends jalouse, ce que je fais rarement intentionnellement, elle fait la tête mais n'en dit rien, ce qui fait que je ne m'en rends généralement pas compte, car elle fait la tête et devient muette sous tout un tas d'autres prétextes. Elle est très capricieuse et extrêmement drôle. Elle serait insupportable si elle n'avait pas la beauté qu'elle a – et elle le sait très bien, car elle serait tout à fait capable d'être parfaitement supportable. Jamais aucune femme ne m'a caressé les fesses comme ça pendant l'amour, avec cette tendresse presque inconsciente dans les gestes, dans les paumes des mains, tandis que monte en elle lentement l'orgasme. Ajouter que je l'aime reviendrait à gâcher un peu tout ce qui précède. Mais je ne peux pas m'empêcher de gâcher toujours à peu près tout.