REINES DE QUINZE JOURS
Toute l'année ouvrable secrétaires à demi anonymes que l'on n'appelle que par leur prénom - et quand on a besoin d'elles -, caissières de supermarché (hôtesses de caisse, qu'ils disent maintenant) qui portent le leur épinglé sur leur blouse par-dessus leur cœur, employées de parfumerie, professeures d'écoles de banlieue noyées dans la masse..., toutes, à condition de posséder quelque chose de joli - la silhouette, une partie des jambes, une vraie poitrine, un regard assorti à leur visage... -, profitent de leurs vacances d'été pour vivre enfin une vie de reine, reine d'un camping ou d'une petite station de montagne, de leur piscine, point de mire attendu de toute une collectivité, faisant chavirer les regards des hommes à la plage, aux terrasses des cafés le soir, et naître la jalousie des autres estivantes, et leur petit mari devient, l'espace de quelques jours de beau temps, envié de promener au bras une épouse comme elles. Femmes de grands patrons, professeures d'université, agrégées de lettres, directrices des ressources humaines, avocates, journalistes de renom..., plus rien ne compte durant ces semaines carnavalesques à part l'apparence physique, toute hiérarchie sociale s'en trouve renversée au profit de la seule hiérarchie érotique.